Aux origines : du rhythm and blues au rock
Le rock and roll est une version blanche et édulcorée de cette musique afro-américaine parue après la Seconde Guerre mondiale et dénommée Rhythm and Blues, musique qui évoluera jusqu’au R’n’B actuel.
D’abord portée par des musiciens comme Louis Jordan puis Chuck Berry, cette musique trouva un écho auprès du public noir grâce à la radio. Elle permit aussi à de nombreux jeunes Américains blancs d’entendre des rythmes considérés par certains comme « dégénérés ».
Lorsque des artistes comme Bill Haley, Elvis Presley ou Jerry Lee Lewis reprirent ces rythmes, cela permit à une partie de la jeunesse blanche de s’autoriser à les écouter sans appréhension. Ce fut le début d’une époque où cette jeunesse commença à s’émanciper.
En Angleterre, dans les années 1950, cette musique noire américaine, notamment le blues — à l’origine du rock’ n’ roll — fut d’abord reprise sous la forme du skiffle, avant de revenir vers le blues lui-même avec des artistes comme John Mayall. Toute la musique populaire anglaise en fut influencée, des Beatles jusqu’à la pop music.
Mon premier choc musical
En France, durant les années 1960 et 1970, les radios diffusaient surtout des adaptations françaises de ces musiques, même si quelques artistes anglophones passaient aussi sur les ondes.
Pourtant, mon premier véritable émoi musical ne vint pas du rock, mais du jazz.
Je devais avoir une dizaine d’années lorsque j’entendis à la radio Petite Fleur interprété par Sidney Bechet. Une musique sans paroles, portée par le saxophone, qui m’émut profondément.
Il me fallut cependant encore plusieurs années avant de commencer réellement à m’intéresser à la musique. Dans ce que j’entendais alors, peu de choses attiraient vraiment mon attention, même si certaines chansons françaises ou anglophones me plaisaient déjà.
Les découvertes de l’adolescence
Mon véritable intérêt pour la musique démarra en classe de troisième, l’année du BEPC.
Il y eut d’abord M. Gaudier, notre professeur de musique, surnommé « Bip Bip ». Grâce à lui, nous découvrions autre chose que ce qui passait à la radio.
Puis vint un article du magazine Okapi consacré aux musiques populaires anglo-saxonnes. J’y découvris des artistes et des styles qui m’étaient jusque-là inconnus.
Mais la découverte passa surtout par l’écoute.
Ma cousine, chez qui j’allais tous les mercredis, me fit découvrir Jethro Tull, Genesis, Thin Lizzy, Tangerine Dream ou encore Klaus Schulze.
Un camarade de classe me fit également écouter les disques empruntés à son frère, notamment ceux des The Who et des The Beatles, avec leur fameux Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band.
Best, Status Quo et les premiers disques
Avec l’âge, Okapi laissa place au magazine Best, dont l’abonnement était payé par ma mère
Là, ce fut une véritable ouverture. Les articles permettaient de comprendre la genèse des groupes, leurs influences, leurs albums. Toute une cartographie musicale se dessinait peu à peu.
C’est aussi à cette époque que je me passionnai pour Status Quo. J’ai oublié les raisons exactes de cet intérêt, mais il fut suffisamment fort pour que je commence à économiser mon argent de poche afin d’acheter mes premiers disques.
Je me souviens notamment d’un week-end passé en Bretagne sur un bateau. J’avais emporté mon radiocassette et quelques cassettes, dont Dog of Two Head.
À force de l’entendre tourner, quelqu’un finit par dire : « On dirait une bourrée. »
Voilà qui était inattendu pour du boogie-rock anglais.
The Black Way et la lumière
Peu à peu, les lectures de Best et les échanges avec d’autres passionnés m’amenèrent vers le blues puis, plus largement, vers les musiques noires américaines.
Je pourrais presque résumer cette découverte à la série documentaire de FR3, The Black Way, diffusée en 1979. J’eus même l’audace d’acheter le double album qui en était issu.
À cette époque, je m’interrogeais beaucoup sur moi-même. Les harcèlements subis durant ma scolarité étaient comme une chape de plomb qui m’empêchait de voir la lumière.
Cette musique fut alors une forme de salut.
Elle m’apporta quelque chose qui me manquait profondément : une ouverture, une respiration, une lumière intérieure.
Au point qu’à une époque, j’en vins à imaginer que, dans une vie précédente, j’avais peut-être été une personne noire.
Avec le recul, je ne sais plus vraiment ce qu’il faut penser de cette idée. Peut-être relevait-elle surtout d’un besoin d’identification à une musique qui m’avait profondément aidé. Et peut-être aussi faut-il éviter d’oublier que les personnes racisées vivent, elles, des réalités bien concrètes de discrimination et de peur.
Pour moi, cela ne fut finalement qu’une période de ma vie — mais une période importante.