La fuite de Tours en juin 1940

En juin 1940, la ville de Tours servit temporairement de siège au gouvernement français, en plein déroute, avant le départ de celui-ci, le 14, vers Bordeaux. Située sur la Loire, Tours fut considérée comme l’une des dernières villes devant tenter de freiner l’avancée allemande. L’armée française installa alors certains de ses services dans la bibliothèque municipale située face au pont Wilson, appelé aussi « pont de pierre ».

Afin d’empêcher le passage de l’ennemi et gagner du temps avant la signature de l’armistice du 22 juin 1940, les accès furent défendus. Les Allemands bombardèrent le pont Wilson, mais sans provoquer de dégâts décisifs. Le 18 juin, l’armée française décida cependant de miner le pont : une arche fut détruite, entraînant par la même occasion la coupure des conduites d’eau venant de l’autre rive.

Les 19 et 20 juin 1940, des obus incendiaires furent lancés sur la bibliothèque municipale. Un immense incendie se déclara alors et se propagea rapidement aux bâtiments voisins. Un violent vent d’est favorisa encore sa progression. Privés d’eau en raison de la destruction des canalisations du pont, les pompiers ne purent contenir les flammes. Les conduites de gaz explosèrent sous l’effet de la chaleur, aggravant encore les destructions.

Tout un quartier de Tours fut ainsi anéanti, malgré la possibilité, plus tardive, de puiser de l’eau directement dans la Loire. Mais, un orage providentiel finit cependant par arrêter l’incendie. Or le bilan était considérable : 388 immeubles détruits sur une douzaine d’hectares, 84 morts, ainsi qu’une grande partie du patrimoine médiéval et Renaissance de la ville.

Camille GIBAUD père travaillait alors pour le journal local, la Dépêche, et il est possible qu’il ait eu vent des risques pesant sur la ville et ait prévenu son propre père, demeurant en Vendée, afin qu’il vienne chercher la famille. Lui-même, mobilisé puis libéré à la suite d’une blessure, n’était plus en état de conduire.

Joëlle, sa fille, racontait souvent cette fuite. Un matin, à la veille de la destruction de l’arche du pont, son grand-père arriva dans une automobile conduite par le garagiste voisin de la ferme. Camille père, blessé à la poitrine, était assis à côté du conducteur, tandis que son fils Camille se trouvait à ses pieds. À l’arrière avaient pris place le grand-père, la tante Mélie, Dominique — qu’ils étaient allés chercher à Rouziers chez le curé Moisant — et Joëlle, installée aux pieds de sa tante.

Joëlle se souvenait particulièrement du passage sur le pont Wilson, encombré d’une foule immense. Des personnes s’accrochaient même aux marchepieds des véhicules, espérant pouvoir quitter la ville plus rapidement. Elle racontait aussi, que la tante Mélie s’inquiétait surtout d’avoir peut-être oublié de couper le gaz en quittant précipitamment le logement.

La famille fit ensuite étape à Saint-Michel-sur-Loire, où demeurait la belle-mère de Camille père. Elle resta finalement plus de trois mois en dehors de Tours, à Puy de Serre, jusqu’à la rentrée scolaire. Par contre, il est possible que Camille père soit rentré plus tôt tant pour les soins de sa blessure que pour reprendre le travail au sein de La Dépêche.

Le retour fut difficile : leur logement de la rue des Halles, à Tours, avait été détruit dans l’incendie.

Mais cela est une autre histoire.