MacX400 chez Apple : l’ER&D Team à Puteaux
Au début des années 1990, je participais au développement du logiciel MacX400 au sein de l’ER&D (European Research & Development) Team d’Apple Computer Europe, dont le siège se trouvait alors à Puteaux.
C’était un environnement résolument cosmopolite : des Américains (forcément), mais aussi des Italiens, des Allemands, des Néerlandais, des Anglais… Cette diversité donnait à l’ambiance une richesse que j’ai beaucoup appréciée.
Je me souviens encore de ce collègue américain qui s’étonnait qu’à la cantine, nous mettions du ketchup sur les frites.
Le service Développement était dirigé par Eddine Walehiane, et le logiciel n’a été diffusé qu’en très peu d’exemplaires.
J’avais la responsabilité de tester l’interface graphique et les formulaires de saisie avec un petit réseau local d’ordinateurs Apple, reliés par EtherTalk, avec parfois un adaptateur pour AppleTalk. J’utilisais alors les outils VU (Virtual User) et MPW (Macintosh Programmer’s Workshop).
Une culture Apple très humaine
Les équipes R&D étaient réparties sur deux sites à Puteaux. Pour renforcer la cohésion, une journée fut organisée en Bourgogne, avec une visite de domaine viticole à Chablis. J’en suis même repartie avec un diplôme de dégustatrice.
C’est aussi là que j’ai découvert Tetris. Ma cheffe, m’ayant surpris en train d’y jouer, n’a presque rien dit — preuve d’une ambiance étonnamment détendue.
À l’accueil du bâtiment principal, une grande corbeille transparente remplie de pommes accueillait les visiteurs : un clin d’œil évident à Apple.
Une graphiste rejoignit ensuite l’équipe et voulut repenser entièrement l’interface. Elle se heurta toutefois à une contrainte forte : les informations techniques étaient obligatoires. Cela allait un peu à l’encontre de la philosophie Apple de l’époque :
« moins on en met, mieux c’est ; ne jamais surcharger l’utilisateur ».


Passage chez Alcatel : retour à une informatique centralisée
Après cette expérience, je fus missionnée chez Alcatel Mobile Phones pour participer à la validation des outils et interfaces des terminaux radiotéléphoniques, notamment les premiers GSM et les appareils professionnels comme le Radian ou Hand’X.
Le changement d’univers fut brutal.
L’interface de configuration ressemblait davantage à une feuille de calcul qu’à un outil pensé pour des utilisateurs. Les champs étaient peu explicites, et il n’existait aucun mode d’emploi : les formateurs transmettaient oralement les procédures aux techniciens.
Mais sans documentation, comment enseigner correctement ?
Enquête et reconstruction des interfaces
Je me suis alors lancée dans une véritable enquête. À l’aide du traitement de texte du VAX, j’ai esquissé de nouvelles interfaces inspirées de mon expérience chez Apple.
Avec un développeur, nous avons élaboré un document de spécifications techniques structuré. Il fallut une journée entière pour en expliquer le fonctionnement et valider le document.
Les réactions furent contrastées : dans cet environnement très technique, l’idée qu’un logiciel puisse être à la fois clair et ergonomique n’était pas évidente.
Mais le logiciel fut finalement développé. Chaque ajout de champ de saisie restait cependant une petite usine à gaz.
Entre deux mondes : Apple et Alcatel
Passer d’Apple à Alcatel, c’était comme revenir à l’âge de pierre.
Chez Apple, l’ordinateur individuel dominait, chaque machine était autonome et connectée à un réseau déjà ouvert sur le monde.
Chez Alcatel, tout reposait sur des terminaux VT100 reliés à un VAX central.
Chez Apple, je pouvais explorer les premiers réseaux américains : America Online, CompuServe, le FTP, et les forums NNTP. Je découvrais tout cela avec curiosité, sans encore mesurer leur portée.
Chez Alcatel, cet univers n’existait pas. Tout était plus fermé, plus structuré, plus livresque.
La bibliothèque devenait alors un lieu de respiration, où je découvrais les innovations à venir — notamment le USB, qu’Apple figurera parmi les premiers à adopter.
TCP/IP, X.25 et technologies en transition
Après trois ans chez Alcatel, j’avais envisagé d’intégrer une école d’ingénieurs, l’ENIC à Lille, mais je fus refusée en raison de mon niveau en mathématiques.
En inter-contrat, sans mission, j’ai consacré ce temps à rédiger une étude personnelle sur le protocole TCP/IP, tout en créant mon premier site Web.
À cette époque, 1996, certains collègues restaient attachés au X.25, persuadés qu’il représentait l’avenir, face à cette nouvelle famille de protocole TCP/IP qui allait pourtant tout bouleverser.
Technologies mort-nées avant leur temps
On pourrait dire que beaucoup de ces projets étaient des technologies mort-nées avant leur temps.
Pour moi, ce fut la fin d’un monde informatique : celui des architectures fermées, normées et centralisées.
Les missions suivantes se déroulèrent dans le monde des télécoms, avec des dossiers d’installation de fibres optiques pour les autoroutes françaises, puis à l’international : Cuba, Libye, Thaïlande, Nouvelle-Calédonie, entre autres.
Conclusion : une trace devenue invisible
De tout cela, il ne reste rien. Ni MacX400, ni PowerBop, ni terminal Internet.
Pas même une stèle pour commémorer ces projets.
Et pourtant, tout cela s’est prolongé autrement : dans le site Web, Soleil-lotus.net, que j’ai lancé en janvier 1997, où se sont rejointes mes intuitions, mes expériences et mes apprentissages.

