Un mariage au cœur de l’été 1953
Papa, prénommé Camille, est né à Saint-Hilaire-de-Voust, la Pointe Puy de Serre (Vendée), le 13 août 1926. Maman, prénommée Madeleine, est née à Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire), le 20 mars 1923. Ils se marièrent d’abord civilement le 31 juillet 1953, puis à l’église du Christ-Roi, à Saint-Symphorien (Indre-et-Loire), le lendemain. À la mi-août, vers le 10, ils partent faire leur voyage de noces, dans un hôtel de Saint-Martin-de-Ré, l’hôtel Toiras, .
Destination l’Île de Ré
C’est dans le magazine « Le Pélerin » que Madeleine avait trouvé une réclame concernant un petit hôtel à Saint-Martin-de-Ré. Et elle fit la réservation certainement par courrier postal puisqu’à l’époque le téléphone était plutôt rare dans les foyers français. Ils arrivent à La Rochelle en train, un bus les emmenant jusqu’au port de La Pallice. Et un bac les emmènent d’un embarcadère à l’autre, à la Pointe des Sablanceaux. De là, ils prennent un bus qui les emmènent jusqu’à l’hôtel de Saint-Martin-de-Ré.
L’hôtel Toiras et les premiers jours de bonheur
L’hôtel était situé sur le port et disposant d’un accès direct aux quais, il était possible d’acheter directement son poisson au bateau revenant de la pêche, bien qu’étant en pension complète. De l’Île et de l’hôtel, ils en gardèrent de bons souvenirs. Surtout de la fille des patrons et qui aidait au service à table. .Elle était surnommée « Pépée », lequel fut donné à leur fille, née l’année suivante. Et nous pouvons dire aussi que ce voyage de noces en fut la source.
Une île immortalisée par la photographie
Nombreuses sont les photos, tant en noir et blanc qu’en couleur, qui nous sont restées. Ainsi, nous pouvons voir le port, Camille et Madeleine pris l’un après l’autre, sur les remparts, alors que, maintenant c’est interdit d’y monter, la ville prise depuis le clocher. Ou alors, le phare des Baleines, prises autant du phare que depuis la plage. Nous pouvons même y voir les débuts des écluses à poissons. Traces qui m’indiquent bien que c’est ici qu’elles ont été prises. Et le summum est atteint avec la photo de maman prise devant la gare de La Rochelle. Elle est toute souriante avec la main sur le front pour se protéger du soleil le temps que l’appareil fasse son œuvre.
La grève générale bouleverse le voyage
Cependant, ils eurent la malchance de tomber à une époque où les grèves générales étaient plutôt récurrentes. De fait, ils furent bloqués pendant plusieurs jours par l’absence de bac pouvant les ramener sur le continent. Et n’ayant plus d’argent car la poste était également en grève, il leur étaient difficile de trouver les moyens de payer leur chambre, de financer leur retour par quelque moyen que ce soit, voire même difficulté d’appeler de l’aide.
Débrouillardise et bonne humeur
Une autre anecdote familiale illustre bien l’ambiance qui régnait durant ce séjour forcé sur l’île. À l’hôtel, Camille et Madeleine s’étaient liés d’amitié avec un couple plus âgé originaire de Sarlat. La grève des PTT les privant de tout moyen de recevoir de l’argent, Camille et le monsieur de Sarlat imaginèrent même, à moitié sérieusement, de pêcher du poisson pour le vendre sur le port de Saint-Martin-de-Ré afin de subvenir à leurs besoins.
Les deux hommes partageaient également un goût certain pour les jeux de mots. À propos des repas servis à l’hôtel, ils plaisantaient volontiers en annonçant : « Aujourd’hui, c’est rouget… de l’île ! ».
Lorsque Camille racontait cette histoire des années plus tard, son sourire en disait long. Derrière les difficultés causées par les grèves, il conservait surtout le souvenir d’un séjour heureux, passé sur l’Île de Ré, cette « île des amoureux » où avaient commencé les premiers jours de sa vie de jeune marié.


« Il faut être fou pour aller dans une île ! »
Malgré tout, la grève prenant fin, les bacs retrouvent leurs va-et-vient. Et un beau dimanche, selon Madeleine ou Camille, à la sortie de la messe, voient arriver Camille père, avec sa voiture et ceux de Puy de Serre. Ils en étaient tout étonnés. Et là, ce fut l’orage qui s’abattit sur eux : « il faut être fous pour aller dans une île ! » D’une certaine façon, il n’avait pas tort le grand-père, mais un voyage de noces c’est souvent un moment privilégié qui en suit un autre, le mariage. C’est aussi, un moment de se retrouver tous les deux, sans les familles à nous dire ce qu’il faut faire ou pas. Mais là, les conditions politiques en ont fait autrement de cet isolement amoureux.
Les derniers jours sur l’île et retour en Vendée
Avant de quitter cette île qui fût un paradis pendant quelques temps, ils en tirèrent profit en ramassant des fruits de la mer comme en atteste plusieurs photos montrant tant Camille fils et père, Madeleine, Dominique et Félix. Une photo montre maman fessant le grand-père et aussi dégustant un des fruits ramassés. Pour le retour, ils firent une pause à Puy de Serre, en Vendée, tant pour y déposer le dit Félix que pour rendre visite à la famille. Et comme toujours des photos en attestent où nous voyons toute la famille devant la ferme du frère de Camille père et dans une charrette à foin.
Une histoire qui se prolonge
Il y a une certaine ironie dans cette histoire. Celui qui avait lancé qu’« il faut être fou pour aller dans une île » fut l’un des premiers à succomber au charme de l’Île de Ré. Dès l’année suivante, puis pendant plusieurs décennies, il séjourna au camping des Chardons Bleus. Quant aux jeunes mariés, ils gardèrent longtemps le souvenir de ce voyage. Lorsque Camille en parlait, on percevait parfois une pointe d’amertume de ne pas avoir pu y retourner plus tôt. Il leur fallut attendre de disposer d’une voiture et du permis de conduire pour revoir l’île en 1974, soit plus de vingt ans après leur voyage de noces. Mon seul regret est de n’avoir jamais connu ces séjours de camping avec mon grand-père, dont mes cousines gardent aujourd’hui encore tant de souvenirs.
Photographies liées à cet épisode :
→ Photos du voyage de noces à l’Île de Ré